Électrique & hybride

Quels sont les impacts environnementaux réels des batteries de voitures électriques ?

Par Maxime
5 minutes

Voitures électriques : l’envers du décor environnemental

Depuis plusieurs années, la voiture électrique s’est imposée comme le symbole incontournable de la transition vers une mobilité plus propre. Zéro émission de CO2 sur la route, moteur silencieux, image de modernité : tous les signaux semblent indiquer un avenir radieux pour ce mode de transport. Pourtant, derrière le vernis vert, la réalité environnementale des batteries de voitures électriques interroge de plus en plus experts et consommateurs. Que sait-on vraiment de leurs impacts sur la planète ? Décryptage, de l’extraction des matières premières jusqu’au recyclage.


De quoi une batterie lithium-ion est-elle composée ?

Le cœur des voitures électriques repose sur la technologie lithium-ion. Une batterie type contient quatre éléments principaux :

  • Lithium (élément chimique, l’un des plus légers),
  • Cobalt (rare, indispensable à la stabilité et la longévité),
  • Nickel et manganèse (assurent la densité énergétique),
  • Cuivre, aluminium et graphite pour la structure et la conduction.

Chacun de ces matériaux provient de mines dispersées aux quatre coins du globe, avec des procédés d’extraction et des impacts environnementaux très variables selon les territoires.


Extraction : une ressource loin d’être anodine

Si la voiture électrique ne rejette pas de gaz à effet de serre à l’usage, la fabrication de sa batterie commence par une étape très énergivore : l’extraction et la transformation des métaux. Quelques chiffres parlants :

  • Lithium : principalement extrait en Amérique du Sud (Triangle du lithium entre l’Argentine, la Bolivie et le Chili) grâce à la « salmuera », technique qui pompe et évapore d’immenses quantités d’eau douce dans des zones déjà arides. Chaque tonne de lithium nécessite jusqu’à 2 millions de litres d’eau.
  • Cobalt : 60% de la production mondiale vient de République démocratique du Congo. L’exploitation de ses mines pose des enjeux majeurs d’ordre social (travail d’enfants, conditions de sécurité) et environnemental (pollution des sols et des eaux, déforestation locale).
  • Nickel : l’extraction, menée surtout en Indonésie et aux Philippines, rime souvent avec atteintes irréversibles à la biodiversité et relargage massif de déchets miniers dans l’océan.

Sans compter la consommation d’énergie, majoritairement issue de sources carbonées, pour transformer ces minerais en matériaux de qualité rechargeable.


Fabrication : une empreinte carbone initiale élevée

La construction d’une batterie de voiture électrique est un procédé complexe, nécessitant de nombreuses étapes de raffinage, d’assemblage et de conditionnement. Selon les études de l’ADEME et de l’Agence Européenne de l’environnement :

  • La fabrication d’une batterie de 50 kWh, typique d’une berline, génère entre 3 et 5 tonnes équivalent CO2 (selon l’origine de l’énergie utilisée en usine).
  • Sur le cycle complet de la voiture électrique, 30% à 50% de l’empreinte carbone initiale provient de la batterie seule, contre 10% environ pour une voiture thermique.

La provenance de l’électricité utilisée dans les usines de batteries joue donc un rôle décisif : un site en Norvège (hydroélectricité) émet 5 à 10 fois moins de CO2 qu’un équivalent en Chine (charbon dominant).


Batterie et cycle de vie : l’usage compense-t-il l’empreinte ?

L’un des arguments phares des détracteurs de la voiture électrique concerne le « coût écologique caché » de la batterie. Faut-il relativiser ? Plusieurs études montrent qu’un véhicule électrique, utilisé dans des conditions normales en Europe :

  • « >Rembourse » son empreinte carbone de fabrication (batterie comprise) entre 20 000 et 40 000 km, selon le mix électrique local.
  • Devient plus vertueux sur tout le reste de sa durée de vie (150 000 km et plus chez certains constructeurs).

À condition toutefois d’utiliser une électricité le plus décarbonée possible ! En France, l’électricité d’origine nucléaire et renouvelable permet d’atteindre ce seuil plus vite qu’en Pologne ou en Allemagne, où le charbon reste majoritaire.


Usage et santé : un impact local réduit, mais pas nul

Le principal bénéfice environnemental de la voiture électrique est local :

  • Absence d’émissions polluantes (NOx, particules fines) en ville,
  • Aucune vibration ni nuisance sonore.

Cependant, toute voiture émet des particules, ne serait-ce que par l’usure des pneus et des freins (même si la régénération limite ce phénomène). L’impact sur la qualité de l’air est donc favorable, mais ne doit pas être idéalisé.


Fin de vie : un secteur du recyclage encore perfectible

Que devient la batterie lorsqu’elle n’est plus adaptée à la traction ? Une première vie dure entre 8 et 15 ans, le plus souvent. Arrivée à 60-80% de sa capacité, plusieurs options existent :

  • Seconde vie (stockage stationnaire d’électricité, auto-consommation solaire : un marché en accélération),
  • Recyclage matière : récupération des métaux critiques (lithium, cobalt, nickel, cuivre) grâce à des filières dédiées.

En Europe, le taux de recyclage évolue vite : d’environ 50% en 2018, il dépasserait 70% en 2024 en France (données Suez / SNAM). La réglementation européenne vise à atteindre 90% d’ici 2030. Mais ces procédés restent coûteux, énergivores et technologiquement complexes. Plus inquiétant : de nombreux pays n’ont pas encore de filière organisée, ce qui expose au risque d’exportation sauvage de déchets.


Quelques chiffres-clés à retenir

  • Une batterie moyenne (50 kWh) mobilise : 8 à 12 kg de lithium, 20 à 30 kg de cobalt, 30 à 50 kg de nickel.
  • Le secteur des batteries pour véhicules pourrait représenter 60% de la demande mondiale en lithium en 2030.
  • Le coût environnemental du recyclage reste actuellement inférieur à celui de l’extraction minière, mais dépend de la structuration des filières nationales ou européennes.

Quelles pistes pour limiter l’impact des batteries ?

Les constructeurs, pouvoirs publics et chercheurs multiplient les stratégies pour rendre la mobilité électrique plus vertueuse :

  • Éco-conception et réduction de la taille des batteries : privilégier des modèles moins lourds (citadines plutôt que SUV massifs) diminue proportionnellement la quantité de métaux utilisée.
  • Innovation : développement de nouvelles chimies (batterie phosphate de fer, sodium-ion, solid-state) limitant ou supprimant le recours au lithium ou cobalt.
  • Circuit court et relocalisation : création de « Gigafactories » européennes (France, Allemagne, Suède) alimentées par une électricité verte.
  • Amélioration du recyclage : alliances entre constructeurs et spécialistes du retraitement pour créer une boucle fermée.
  • Transparence sur l’origine des métaux : traçabilité accrue et certifications sociales/environnementales des fournisseurs de minerais.

FAQ : les batteries, écologie et pratique

  • Peut-on recycler indéfiniment une batterie de voiture ? Non : si certains métaux se récupèrent à plus de 90%, les performances baissent et une « boucle parfaite » reste une chimère technologique aujourd’hui.
  • Faut-il privilégier la plus grosse batterie possible ? Pas forcément : une batterie plus importante = impact environnemental massif à la fabrication. Adapter la batterie à son usage réel demeure le meilleur choix.
  • Une batterie usée est-elle dangereuse pour l’environnement ? Si elle n’est pas recyclée correctement, oui (risque de pollution lourde), mais le risque est maîtrisé dans les filières européennes.
  • Le vélo électrique rencontre-t-il les mêmes problèmes ? À plus petite échelle, oui : lithium, cobalt et recyclage sont également en jeu, même si les quantités sont moindres.

À retenir : vers une mobilité électrique mature… et lucide

Certes, la batterie reste le talon d’Achille environnemental de la voiture électrique, mais nuance importante : son impact demeure bien moindre sur la durée qu’une motorisation thermique classique, à condition d’opter pour un usage raisonné et une électricité propre.

Le véritable défi collectif sera d’assurer une extraction responsable des matières premières, d’accélérer le recyclage et surtout de réduire la taille et la consommation des véhicules à batteries. Un choix éclairé par la réalité, plus que par les effets d’annonce.


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