Sport auto

Le drift : origines, techniques et popularité croissante en France

Par Maxime
5 minutes

Un art japonais devenu phénomène mondial

Du rugissement des moteurs dans les cols du mont Fuji aux figures fumantes que l’on observe aujourd’hui sur les circuits français, le drift a parcouru un long chemin. Popularisé dans les années 1980 au Japon, ce style extrême de pilotage, où la glisse contrôlée prévaut sur la recherche du chrono pur, séduit aujourd’hui un public de plus en plus large en France. Découverte, immersion et explications d’une discipline aussi spectaculaire que technique.


Aux sources du drift : entre culture urbaine et sport mécanique

Le drift naît sur les routes sinueuses du Japon, où les jeunes passionnés de voitures japonaises sportives défient les lois de la physique. Il s’inspire à la fois des compétitions de montée (touge) et de la culture des runs nocturnes, où vitesse et style sont indissociables. Le célèbre pilote Keiichi Tsuchiya, surnommé « Drift King », impose ses techniques sur route et en compétition, popularisant cette conduite spectaculaire qui consiste à « mettre la voiture en dérive » sur plusieurs virages consécutifs.
Le drift sort de l’ombre à la fin des années 1980 avec l’organisation des premières compétitions officielles au Japon (D1 Grand Prix dès 2000), mais aussi via des films documentaires et la culture manga. Il touche rapidement l’Amérique du Nord, la Nouvelle-Zélande et enfin l’Europe, se structurant en sport automobile à part entière.


Les principes fondamentaux de la glisse contrôlée

Le drift est un art subtil : le pilote doit balancer la voiture à l’entrée du virage pour la faire dériver d’un angle maximal, en maintenant une vitesse élevée. Le but n’est donc pas de perdre le contrôle, mais au contraire d’extraire le meilleur parti du couple moteur, du châssis et du ressenti du volant pour garder la voiture sur la trajectoire choisie.
Les points clés du drift :

  • Initiation : Le drift démarre souvent par une manœuvre appelée clutch kick (coup d’embrayage), un transfert brutal de poids (feint) ou encore un frein à main pour délester l’arrière.
  • Mise en angle : Il s’agit d’orienter l’auto avec les roues avant dans la direction opposée au virage, tout en envoyant l’arrière en dérive.
  • Contrôle de la glissade : Par dosage des gaz, contre-braquage et répartition des masses, le pilote maintient et corrige l’angle en continu, virage après virage.
  • Sortie et transition : Le passage d’un virage à l’autre se fait en maintenant la glisse par inertie ou à l’aide de la puissance pour « enchaîner » les figures.

L’objectif en compétition n’est pas d’aller le plus vite, mais de marquer un maximum de points sur plusieurs critères : angle de dérive, vitesse de passage, régularité, proximité avec l’adversaire en « battle », et bien sûr, qualité du spectacle.


Voitures de drift : préparation et spécificités

Si la recette originelle repose sur des coupés propulsion japonais (Nissan 200SX/240SX, Toyota AE86, Mazda RX-7…), le drift s’ouvre aujourd’hui à beaucoup de modèles. L’essentiel : une transmission arrière (« propulsion »), un bloc moteur fiable (souvent turbo, mais pas obligé), et une grande facilité de réglages.
À la base, beaucoup de pilotes débutent avec des voitures d’occasion, parfois modifiées à faible coût. Mais la compétition exige ensuite des modifications spécifiques :

  • Désactivation de l’autobloquant ou montage d’un différentiel spécifique favorisant la rotation du train arrière.
  • Renforcement du train roulant (suspensions sport, barres stabilisatrices, camber réglable...)
  • Roues arrière avec pneus adaptés (moins d’adhérence pour mieux « partir » en glisse, mais endurants).
  • Sécurité conforme : arceau, siège baquet, harnais, coupe-circuit imposés en compétition.
  • Moteur et embrayage renforcés pour encaisser la répétition des exercices.

Notons que le drift ne se limite pas aux coupés japonais : BMW Série 3, Ford Mustang, Mercedes Classe C, voire véhicules électriques à double moteur « propulsion », se retrouvent aussi sur la scène française.


L’éclosion d’une passion hexagonale : la scène drift en France

Jusqu’aux années 2010, le drift restait confidentiel en France, limité à quelques passionnés dans des rassemblements privés ou lors de démonstrations. Mais l’intérêt a explosé ces dernières années, sous l’impulsion des réseaux sociaux, de Youtube, et de la multiplication des événements dédiés.

Le « Championnat de France de Drift » (CFD), mais aussi de nombreux trackdays, festivals et initiations sur circuits (Lurcy-Lévis, Nogaro, Anneau du Rhin…) participent à la démocratisation. Des structures comme la French Drift Academy ou Drift Events proposent des stages toute l’année, y compris pour débutants curieux de tester la discipline en toute sécurité.
La médiatisation accrue par des émissions TV, des vidéos virales, mais aussi la présence de pilotes français sur les podiums européens aide la discipline à gagner ses lettres de noblesse.
Des centaines de voitures modifiées roulent ainsi chaque week-end, formant de véritables communautés autour du partage de matériel, de pièces et de conseils.


Pourquoi le drift attire autant ?

Plus qu’un simple sport automobile, le drift fascine pour plusieurs raisons :

  • Spectacle et adrénaline : voir (ou réaliser) des figures de glisse à haute vitesse procure un plaisir rare, tenant entre maîtrise et lâcher-prise.
  • Accessibilité : le drift reste moins onéreux que le circuit chronométré classique : les voitures de base se trouvent facilement, les courses se déroulent sur des tracés courts, l’apprentissage peut démarrer sans licence compétition.
  • Camaraderie et communauté : le partage d’astuces, de pièces, l’entraide dans le paddock, rapprochent naturellement les pratiquants.
  • Évolution permanente : le drift laisse libre cours à la créativité, que ce soit côté pilotage, personnalisation ou techniques de préparation.
  • Cinéma, jeux vidéo et culture web : de Fast & Furious Tokyo Drift à Assetto Corsa ou Forza, le drift bénéficie d’une aura puissante auprès des jeunes générations.

Questions fréquentes — spécial drift en France

  • Le drift est-il autorisé sur route ?
    Non, il est strictement interdit de pratiquer le drift sur route ouverte, même sur chaussée humide ou parking privé ouvert à la circulation. Les sessions doivent avoir lieu sur circuit homologué ou dans le cadre encadré.
  • Peut-on encore débuter avec un petit budget ?
    Oui, avec une propulsion d’occasion (3 000 à 6 000 €), quelques modifications et des stages adaptés, il est possible de progresser en club ou lors de trackdays loisirs.
  • Faut-il un permis de conduire et une licence ?
    Permis B obligatoire pour rouler sur circuit. La licence FFSA (Fédération Française du Sport Automobile) reste indispensable en compétition, mais certains événements loisirs s’ouvrent sur simple inscription et assurance journée.
  • Quels risques pour la mécanique ?
    Le drift sollicite beaucoup : pneus, embrayage, demultiplication, mécanique... Un entretien suivi et une préparation sérieuse restent donc essentiels pour éviter la casse.
  • Existe-t-il des écoles de drift ?
    Oui, plusieurs écoles professionnelles permettent de découvrir le drift sur des voitures adaptées et encadrées, avec moniteurs diplômés et certification.

Vers l’avenir : le drift, nouvel atout des circuits et de la mobilité électrique

L’engouement pour la discipline amène les propriétaires de circuits à ouvrir de plus en plus de journées dédiées. Le drift s’invite aussi dans les grands salons auto, lors d’exhibitions spectaculaires et d’initiations pour le grand public.
Nouveauté : l’arrivée de modèles électriques à forte puissance de couple (Tesla, BMW i4 M50…) rebat les cartes et promet de voir naître une nouvelle génération de drifteurs, où le silence succède à la pétarade des moteurs turbo, mais où la glisse reste intacte.


En synthèse : entre sport, passion et spectacle

Le drift, bien plus qu’une mode, s’installe durablement dans le paysage automobile français. Discipline technique et accessible, il attire passionnés de sensations fortes, préparateurs, vidéastes et simples curieux, et favorise une approche plus ludique du pilotage.
Apprendre à maîtriser la glisse, c’est aussi mieux comprendre les réactions de sa voiture et devenir plus à l’aise en toutes circonstances.
Pour découvrir d’autres dossiers sur les sports auto, guides pratiques, témoignages de pilotes ou conseils de préparation, retrouvez-nous sur www.parentsautop.com : la plateforme éditoriale dédiée à tous ceux qui veulent explorer l’automobile autrement.

Articles à lire aussi
parentsautop.com