Électrique & hybride

Peut-on vraiment voyager loin en voiture électrique aujourd'hui ?

Par Maxime
6 minutes

Voyager à travers la France (et au-delà) en voiture électrique : mythe ou réalité accessible ?

En quelques années, la voiture électrique est devenue bien plus qu’une curiosité urbaine ou un symbole d’innovation écologique. Désormais, la question n’est plus seulement de rouler chaque jour en électrique, mais de partir loin, très loin, sans la crainte de la panne ni du vétuste “range anxiety”. Mais face à la diversité des modèles, au maillage inégal des bornes et aux contraintes de planification, peut-on vraiment envisager un long périple sans compromis ? Ce dossier propose un état des lieux objectif : progrès réalisés, défis encore à relever, bonnes pratiques et vécus d’utilisateurs pour réussir ses grands voyages électriques.


Les progrès du matériel : autonomie, charge rapide et gestion intelligente

Le premier frein à l’aventure électrique fut longtemps l’autonomie. Aujourd’hui, la majorité des modèles récents affichent des autonomies comprises entre 300 et 550 km selon cycle WLTP, avec les plus performants (Tesla Model 3, Hyundai Ioniq 6, Skoda Enyaq, BMW i4…) capables de dépasser les 600 km sur autoroute à rythme raisonnable. Si les voitures compactes d’entrée de gamme dépassent rarement les 250 à 350 km “réels”, la tendance est clairement à la hausse, et l’intégration de pompes à chaleur ou systèmes de préchauffage des batteries limite l’impact du froid.


La révolution majeure s’est jouée côté recharge : les bornes rapides (50 à 150 kW, voire 250 kW et plus sur les réseaux Ionity, Tesla Superchargeur ou Fastned) permettent aujourd’hui de récupérer 200 à 300 km en moins de 25 minutes sur la plupart des voitures compatibles. Ce qui était hier un goulot d’étranglement (1 heure de pause obligatoire tous les 150 km !) devient aujourd’hui un simple temps de café, d’aire d’autoroute ou de déjeuner, rendant le voyage électrique compétitif avec son équivalent thermique… sous certaines conditions.


Réseau de recharge : une couverture de plus en plus crédible

Le facteur-clé du voyage longue distance, c’est la densité, la fiabilité et l’accessibilité des points de charge. En France, le cap des 120 000 points de charge publics a été franchi en 2024 (source AVERE), dont près de 15 % à puissance rapide (> 50 kW). Les autoroutes sont désormais pratiquement toutes équipées de stations multiprises à moins de 80 km les unes des autres, avec une accélération sur les axes Lyon–Paris, Paris–Bordeaux, Méditerranée et Bretagne.


Sur l’ensemble de l’Europe occidentale, la situation évolue aussi rapidement : l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Belgique affichent un taux de couverture comparable, même si l’Espagne ou l’Italie peuvent surprendre par des “déserts” locaux. Les réseaux privés (Ionity, Tesla, Electra, TotalEnergies, Fastned...) complètent une offre publique parfois disparate, mais rendent encore parfois l'accès compliqué par la multiplicité des badges ou des applications requises.


Les applications incontournables pour bien planifier

  • Chargemap : référence européenne, recense bornes, avis d’utilisateurs, dernières pannes ou indisponibilités.
  • A Better Route Planner (ABRP) : planifie un trajet sur mesure en fonction du modèle, du climat et du style de conduite.
  • PlugSurfing, Izivia, Shell Recharge : offrent l’interopérabilité sur de nombreux réseaux, simplifiant voire uniformisant le paiement.

Préparer son “roadtrip” électrique : ce qu’il faut anticiper

Rouler loin en électrique, ça se prépare ! Exit l’improvisation totale du “je verrai bien à la prochaine station essence”. Voici, étape par étape, ce qu’un conducteur prudent doit intégrer :

  • Identification des points de recharge sur le trajet : choisissez toujours plusieurs options pour chaque longue étape, afin de pallier toute borne occupée, hors service ou trop lente.
  • Compatibilité des puissances : toutes les voitures électriques n’acceptent pas la charge ultra-rapide. Un modèle plafonnant à 50 kW mettra deux fois plus de temps qu’un autre doté de 150 kW.
  • Gestion de la recharge entre 20 et 80 % : c’est sur cette plage que la batterie accepte le plus rapidement la charge. Il est donc plus stratégique de faire deux pauses courtes que d’attendre une charge complète.
  • Avoir les bons moyens de paiement : selon le réseau, carte de crédit, badge RFID ou appli mobile sont nécessaires. Certains réseaux autorisent le paiement direct par CB (notamment Ionity, Fastned), d’autres exigent une inscription préalable.
  • Planifier une marge de sécurité : avec le froid, le vent, le relief ou un itinéraire autoroutier à allure soutenue, l’autonomie peut chuter de 20 à 40%. Mieux vaut éviter d’arriver à “plat”.

Expérience utilisateur : témoignages et réalité du terrain

Qu’en est-il au quotidien ? De nombreux conducteurs relatent que les premiers longs trajets sont souvent source de stress (“vais-je arriver ?”, “serai-je obligé de patienter une heure ?”), mais que cette inquiétude s’atténue à mesure qu’on apprivoise son véhicule… et qu’on adopte une nouvelle philosophie du voyage.


Un exemple concret : traverser la France de Lille à Marseille (1000 km). En famille, avec un SUV électrique compatible 120 kW, l’itinéraire typique compte trois à quatre arrêts de 25 à 35 minutes. Au final, le temps de trajet est allongé d’une heure à une heure trente par rapport à un diesel, mais la sérénité est au rendez-vous : moins de fatigue, pauses régulières salutaires pour les enfants, et coût total inférieur (surtout si bornes de recharge partenaires ou abonnement à tarif réduit).


Pour d’autres, notamment sur des modèles d’entrée de gamme ou sur les zones peu équipées, la frustration demeure : temps d’attente accru, bornes en panne ou rafales d’utilisateurs aux heures de pointe estivales. Toutefois, les investissements massifs des derniers mois et la montée en puissance des réseaux privés laissent entrevoir un avenir proche où ce type d’aléas deviendra exceptionnel.


Le “coup de stress” des vacances d’été : mythe ou réalité ?

Les weekends de grands départs, il est vrai, voir une douzaine de voitures patienter sur une aire d’autoroute n’a rien d’exceptionnel. Les recommandations sont alors simples :

  • Anticiper ses horaires : partir tôt ou tard, éviter les créneaux critiques de 11h-15h.
  • Sortir des sentiers battus : oser les nationales et petites villes disposant de bornes souvent moins sollicitées.
  • Réserver sa charge quand c'est possible : certains réseaux permettent la réservation à l’avance.

Les avantages (et limites) spécifiques aux longs trajets électriques

  • Coût : le “plein” électrique reste imbattable à domicile. Sur bornes publiques rapides, le tarif monte autour de 0,35 à 0,70 €/kWh, soit 9 à 20 € pour 300 km.
  • Écologie : sur autoroute, les émissions de CO2 sont quasi nulles – à condition de rouler avec une électricité décarbonée (France, Scandinavie, Belgique...)
  • Confort : silence, reprise immédiate, climatisation stationnaire lors des pauses… Mais reste la crainte, réelle ou fantasmée, de dépendre d’une technologie qui n’admet pas (encore) l’improvisation totale.

À noter : la recharge “rapide” fatigue davantage la batterie à long terme que la recharge lente. Mais, pour une à deux grandes transhumances annuelles, ce surcoût d’usure reste souvent négligeable sur l’ensemble de la vie du véhicule.


FAQ : Voyager loin en électrique, les questions clés

  • Faut-il s’équiper de plusieurs cartes/badges ?
    Oui, encore souvent. Choisissez l’interopérabilité (Chargemap, KiWhi Pass) pour simplifier la démarche.
  • Comment anticiper un trajet à l’étranger ?
    Vérifiez la compatibilité de votre badge, ciblez les apps locales, et renseignez-vous sur le paiement direct par carte CB, plus courant dans certains pays du Nord.
  • Peut-on traverser la France en “petite” électrique ?
    Possible, mais avec plus de pauses, plus de planification, et des trajets plus longs. Privilégiez les bornes lentes pour limiter l’attente si votre voiture ne dépasse pas 30–50 kW de charge.
  • Et si une borne est en panne ?
    Toujours prévoir une marge d’autonomie et une alternative à moins de 30 km.

Bilan : voyager électrique, une aventure qui se domestique

Voyager loin en voiture électrique n’est plus une épopée réservée aux technophiles les plus aventureux. Les progrès sont tangibles : autonomie désormais suffisante, réseau de recharge crédible, outils de planification aboutis. Reste à intégrer une nouvelle culture du déplacement, où la pause devient partie intégrante de l’expérience, et où l’anticipation remplace l’improvisation.


À ce jour, l’impossibilité de voyager sans contrainte n’existe plus – sauf à vouloir traverser l’Europe centrale ou certaines zones rurales isolées. Pour la grande majorité des trajets longue distance sur l’Hexagone et ses voisins, la voiture électrique tient désormais ses promesses. Envisager les vacances d’été, un tour de France ou une virée européenne devient possible, accessible et bientôt banal… pour ceux qui prennent la peine de s’informer et de bien préparer.


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